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Pourquoi je ne réimprime pas (encore) ton livre

from lapin par Phiip

Cher auteur,

Tu as signé chez lapin, on a sorti ton livre et là… tout s’est super bien passé, on a eu des tonnes de commandes via internet, les librairies ont bien commandé le livre et ils l’exposent (un peu). Mais voilà, la pénurie guette, Amazon annonce la rupture de stock et tu te demandes CE QUE FOUT TON PUTAIN D’ÉDITEUR AU LIEU DE RETIRER LE LIVRE AU PLUS VITE BORDEL.

En résumé, il essaye d’éviter de reproduire les erreurs du passé.

2012. Lille. Un livre paru il y a trois mois arrive au bout de son tirage (disons 1200 ex.), plus rien chez Amazon, plus rien chez l’éditeur, plus rien chez le distributeur, alors on retire + 1000 exemplaires et on en replace, allez disons 200 via tous nos canaux de vente. Et puis bien sûr, trois mois plus tard, les retours commencent à arriver (la valse des retours peut durer un an voire deux). Disons 30% de retour, c’est assez normal, mais du coup voilà 360 ex. qui reviennent chez le distributeur (dont une bonne soixantaine de flingués par les multiples manips).

Si je fais le bilan, j’ai donc vendu 1040 livres et j’en ai 1100 en stock et donc j’ai retiré trop tôt comme un con. Et oui, je vais bien finir par en vendre 100 de plus, mais pas forcément et pas forcément bien plus que ça. Donc retirage inutile, perte sèche pour l’éditeur.

Après, certains livres ont des carrières longues et d’autres courtes. Si on attend un tome 2, oui, on va retirer plus facilement. Si le livre est tiré d’une série en cours (blog, webcomic…) avec de l’actualité alors il y a une forte chance qu’il continue de se vendre même si le rythme s’étiole forcément. L’été, on vend aussi beaucoup moins de livres que ce soit en librairies ou en ligne. Sauf si c’est un spécial horoscope sudoku conseil beauté de vacances vendu en kiosques.

Et même si je retire, le retirage doit être suffisant pour que je rentre (éventuellement) dans mes frais, donc je ne peux pas retirer 200 ou 300 ex., c’est forcément 500 à 1000 minimum suivant les cas et l’équilibre financier du livre. Donc je vais mettre 3, 4 voire cinq ans pour arriver au point mort (qui est le point qui permet de rembourser l’impression, mais pas de gagner un centime), même avec un  livre qui a de la traction (ça se dit, ça ?…) De plus, je dois stocker très longtemps tous ces livres, or les stagiaires grognent quand je les range entre deux palettes de livres…

Bref, retirer, c’est la plupart du temps la garantie de perdre de l’argent.

Donc j’attends le tout dernier moment, je harcèle le distributeur pour avoir des chiffres précis, je fais mille calculs avec les devis de l’imprimeur, et quand tous les indicateurs sont au vert cramoisis (= y a plus rien nulle part et on a de la demande qui soit prévisiblement au-dessus des retours potentiels) je retire (ok en vrai je me roule en boule dans un coin du bureau et quand j’en ai marre de dire aux auteurs et distributeur de patienter je retire…)

Voilà. Tu sais tout, cher auteur. Alors, prêt à attendre le TOUT DERNIER MOMENT ?

Phiip

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