Catégorie : l'Edition en général

Interview pour Adrien – le 21 juillet 2007

lapin-festiblog

Quel est le principe de Lapin.org ?

Son principe est de proposer du contenu humoristique gratuitement aux internaute. Lapin a d’abord été conçu pour contrebalancer les multiples sites d’humour clonés proposant toujours les mêmes PPS vidéos rigolotes et photos présentées partout. Lapin explore les webcomics évidemment, mais aussi l’écriture avec le Zine, et j’aime bien notre encyclopédie.

Ce qui lie (tant bien que mal) tous les morceaux de lapin, c’est l’humour absurde.

Depuis combien de temps le site Lapin.org existe-t-il ?

Depuis le 15 septembre 2001. Au début, il ne servait qu’à archiver les vieux épisodes de lapin, et puis je me suis mis à traduire Elftor et Ninja Blanc, Puyo m’a rejoint, puis Polito, Yourt, et ça a fait boule de neige.

Comment avez-vous eu l’idée de publier des bandes dessinées sur Internet ?

Par hasard. Le site lapin devait juste être un site d’archivage. Et puis je me suis très vite pris au jeu, j’ai créé des pages bizarres, des couleurs criardes (voilà pour la charte graphique), et j’ai mutualisé tout ce que j’ai pu. Il n’y avait pas de plan, pas de projet, rien au départ.

Les premiers lapins étaient envoyés à une liste de copains par email, puis les copains faisaient suivre, d’autres arrivaient sur la liste, et à chaque fois ils me demandaient les premiers épisodes.

Comment le site Internet est-il géré ?

Je me suis toujours appuyé sur des informaticiens plus pro que moi pour tout ce qui est technique. Biskott, Egg, Lahyenne, Jim++ ont tous apporté une ou plusieurs pierres à l ‘édifice. Jim aura été déterminant, on lui doit le serveur lapin et le système actuel de gestion des strips. Lahyenne s’est occupé des commentaires et du RSS. Biskott m’avait conseillé pour les débuts du site, et même la gestion de mon ordinateur !

Ensuite, la plupart des taches qui pouvaient être déléguées l’ont été. Chaque auteur met sa page à jour. Deux traducteurs m’aident maintenant (Eric et Glaux sur Red Meat et Plus Fort que le Fromage) Je relis les traductions avant de les poster, mais d’ici peu ils vont se débrouiller eux aussi.

Quelle est la fréquentation de votre site ?

Lapin n’est pas un site, mais une toile de sites liés les uns aux autres. La toile en question voit passer 8.000 visiteurs par jour en ce moment, pour 30.000 à 50.000 pages vues par jour. Ca fait près de 250.000 visiteurs par mois, et 1.200.000 pages vues par mois. Sur ce total, environ 40% des gens qui passent vont vraiment lire les webcomics.

Lapin est très fréquenté, très bien classé par Google ou Alexa, mais il reste en dessous des trafics des blogs BD comme Laurel et Boulet. Quelque part, ça me perturbe.

Avez-vous une idée de qui sont les lecteurs de Lapin.org ?

Mon lectorat est extrêmement éclectique, ça va de 7 à 77 ans comme dirait l’autre. La particularité de lapin, c’est que les gens arrivent via Google, et pas via d’autres sites de bande dessinée, ce ne sont donc pas forcément des amateurs de BD du tout. Ils découvrent ça, ça leur plaît, ils s’abonnent, ils reviennent, le mettent dans leurs marques pages.

Et j’ai autant de filles que de garçons je pense.

Pour en savoir plus, il faudrait probablement qu’un jour, je fasse une petite étude spécifique. Mais je ne veux pas tracer les gens, les forcer à s’enregistrer, leur mettre des cookies.

Quelles sont les particularités des webcomics par rapport à l’ensemble des bandes dessinées publiées sur Internet ?

Leur format doit permettre une lecture aisée sur écran. On privilégiera les histoires courtes et synthétiques, les couleurs franches. Le texte doit être suffisamment gros, la navigation la plus facile possible.

Comment choisissez-vous vos auteurs ?

Il faut juste que j’apprécie leur humour, si possible leur graphisme. Humour absurde, trash, gore… Difficile de dire précisément ce que je recherche. Le choix des nouvelles séries est probablement le dernier truc que je fais seul.

Enfin, il faut qu’ils soient capables d’être réguliers, de produire, de mettre à jour fréquemment. La popularité des sites est extrêmement liée à la régularité des auteurs. Pas que, mais beaucoup. Les plus réguliers (Ale pour Jerry Stobbart, Zach Weiner avec Les Céréales, et Phiip avec Lapin ont le plus de visiteurs : ils publient tous les jours ou tous les deux jours).

Vous traduisez des webcomics américains, comment se passent les relations avec ces auteurs ?

Bizarrement et variablement. Certains sont charmants, disponibles, on peut discuter avec. En général, ils sont très pris, ce que je ne peux que comprendre. J’avoue qu’il existait avant une vraie grande époque, avec le forum de Top Web Comics (l’ancienne version) où on avait de super débats, des polémiques idiotes, et on s’amusait vraiment comme des petits fous tous ensemble. Hélas, certains ont pété les plombs, le forum en question a changé de mains, et cette communauté n’existe plus vraiment, c’est dommage.

L’arrivée des agents, qui prennent les meilleurs artistes sous leurs ailes, et leur font signer des contrats d’exclusivité n’a pas amélioré les choses ! Bref, on va y arriver, mais la route est longue.

Néanmoins, avec les Australiens, ça se passe à merveille !

Pensez-vous que le modèle du webcomic américain puisse s’imposer en France ?

Non, parce que les Français sont fondamentalement des gros branleurs. Ça ressemble à un jugement à l’emporte pièce, mais c’est vrai. En France, il n’y a pas dix auteurs qui aient tenu plus de deux ans avec une série régulière.

Parce que le problème du webcomics, c’est qu’au début, ça ne rapporte rien. C’est un gros investissement en temps et en énergie avant d’avoir de vrais retours.

Alors que nombre d’auteurs américains font du 3 fois par semaine voire du quotidien sans se plaindre à longueur de journée, et certains vont décrocher le jackpot ! Quand on voit certaines séries dépasser les 50.000 visiteurs quotidiens (CTRL+ALT+DEL, Megatokyo, Penny Arcade, 8 bits Theater), et qu’ils en vivent bien grâce au merchandising, ça laisse songeur.

Quels sont les intérêts de la bande dessinée en ligne que n’a pas la bande dessinée sur papier ?

La liberté éditoriale (et dans un monde où les gros éditeurs sont rachetés par des groupes de presse tenus par des actionnaires, ça veut dire quelque chose), la visibilité, la possibilité de durer. Le dernier des débutants aura sa chance sur internet. Soit seul (mais ça devient plus difficile) soit via des plates-formes comme lapin ou webcomics.fr de Jif, qui restent très ouvertes.

Pourquoi publier sur papier ce qui est disponible sur le net ?

De mon point de vue, c’est un service offert à l’internaute. Quand ils doivent balayer 1500 épisodes sur écran, certains se disent que ça serait quand même plus facile sur papier, quitte à suivre ensuite les derniers épisodes sur écran.

Il existe un vrai plaisir à être éditeur, mais je ne pense pas faire de l’argent de cette façon.

Comptez-vous publier uniquement des bandes dessinées issues d’Internet ?

L’objectif reste que notre production soit disponible gratuitement sur internet d’abord. Mais on peut voir les choses à l’inverse, c’est à dire qu’une proposition papier qui me serait faite pourrait être diffusée sur internet.

Mais je pense que les projets formatés pour des albums Dupuis ou Dargaud ne seront jamais très adaptés à Lapin.

Comment êtes-vous diffusés et distribués ?

Notre diffusion se fait principalement par notre propre trafic sur internet. C’est comme ça que l’on se fait connaître. Lapin.org est un rayon de bande dessinée indépendante devant lequel passent 250.000 personnes par mois.

Nous avons tenté la diffusion en librairie. Soit nous recevons un accueil glacial (ce n’est pas de la BD !), soit le contact est bon, mais après, ça ne suit plus. Dès que les livres ne sont plus exposés et partent dans les rayons c’est fini.

Ce qui fonctionne bien, c’est de faire des festivals. On va probablement développer cet aspect là, surtout lorsqu’on aura plus de livres.

Comment vous positionnez vous entant qu’éditeur Français de Webcomics par rapport au phénomène des blogs de bande dessinée ?

Ca me perturbe. L’ingénieur qui sommeille en moi me dit : mais putain (il est très vulgaire) lapin offrant dix fois plus de contenu que ces blogs, il devrait avoir dix fois plus de visiteurs !

Mais heureusement, mon côté ingénieur sait aussi rationaliser. Le contenu des blogs est plus cohérent, moins éclaté, différent. Parfois très bon. Ils jouent sur un phénomène d’identification, de relation à l’auteur, ce que le webcomics ne fait pas.

Bref, pour augmenter son trafic, lapin va juste devoir continuer à être meilleur et meilleur ! Trouver de nouveaux auteurs, les pousser, mettre en lumière les Boulets de demain !

Après, je suis l’excellente série de livres publiée par Lewis Trondheim et issue d’internet, principalement des blogs, et ce qu’il fait en terme de livres ressemble beaucoup à ce que j’aimerais faire. Je me suis d’ailleurs pas mal accroché avec un auteur lapin sur ces questions de format, et de contenu.

Personnellement, le lecteur assidu de comics que je suis croit à la régularité dans la publication. Avoir des tomes 1, 2, etc. est très cohérent quand on est sur des histoires continuellement à suivre comme les webcomics. Publier plus de livres reste mon objectif premier, mais ça n’est pas facile lorsque l’édition n’est pas votre boulot principal.

Selon vous quelles vont être les évolutions de la bande dessinée en ligne ?

Je ne sais pas trop. Probablement que les webcomics devraient trouver plus de passerelles avec les blogs BD pour leur piquer du trafic (et réciproquement, hein). Trouver de nouveaux auteurs. Susciter des vocations. Trouver des débouchés (qui génèrent des sous), comme le merchandising.

Mais je suis persuadé que nous n’arriverons jamais au système américain. Vivre de son webcomics, j’attends de voir ça ! La crise contemporaine de la bande dessinée n’arrange pas les choses, et en plus, les Français ne sont pas très friands de comics strips à la base.

Ceci dit, restons optimistes ! Car tout peut arriver en ce bas monde…

Quel est votre parcours personnel ?

Je suis ingénieur des travaux publics de l’État, j’ai travaillé pour la DDE et pour la Communauté Urbaine de Lille. Je suis spécialisé en renouvellement urbain, en déplacements, et j’aime beaucoup tout ce qui a trait aux démarches participatives, et à l’utilisation d’internet dans le service public.

En ce qui concerne la bande dessinée, j’ai beaucoup participé au journal des élèves de mon école d’ingénieur (écriture, illustrations, gags), et j’ai continué par la suite, même après avoir quitté l’école. J’ai une légère formation académique (j’ai pris quelques cours de bande dessinée quand j’étais jeune, mais j’ai trouvé la méthode crétine et je n’ai pas supporté plus de deux mois).

Une réponse à “Interview pour Adrien – le 21 juillet 2007”

  1. proverbe dit :

    Merci pour ces informations et bonne continuation.

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